En enrichissant El Maghaza des références d'artistes et d'artisan.e.s de Kerkennah dont les savoirs-faire pourraient vous intéresser dans vos projets, nous souhaitons aussi vous proposer quelques articles de réflexion en lien avec les savoirs-faire et les arts. Dans un article dédié, nous vous présentions Pierre Gassin qui vient enrichir la liste des photographes de Kerkennah (Liberta Cercina, San'Art Photographie). Alors, nous partageons avec vous quelques anecdotes historiques sur la photographie et son influence sur notre rapport au monde, au réel et à l'univers.

Petite anecdote de kerkenniens.com

Comme à notre habitude depuis 11 ans ("Kerkenniens.com fête ses 11 ans d'existence"), nous taguons toutes les photos du site que ce soit les nôtres ou les prises de celles et ceux concerné.e.s par nos articles. Vous observerez d'ailleurs que l'auteur de la photographie est toujours mentionné (bandeau vertical gauche), respect du droit d'auteur et de la propriété intellectuelle oblige !!! Nous avions eu quelques critiques à ce sujet lorsque nous avions taguer les photos de Pierre Gassin utilisées dans les articles qui lui étaient consacrés.

Pourquoi taguer ? Justement pour garantir la traçabilité des photos qui pourraient être reprises ou utilisées à partir des articles de Kerkenniens.com. Ce travail de tag est fastidieux mais nous y sommes attachés par respect du travail réalisé par chacun. L'art se respecte et la propriété intellectuelle de son auteur avec !

Photographie de Pierre Gassin & Copyright Kerkenniens

Bref retour sur l'histoire agitée de la photographie

Cette anecdote légère nous rappelle combien la photographie dès son origine a été sujet à controverse. C'est en 1839 que tout commence. Le secrétaire perpétuel de l'académie des sciences, Louis-François ARAGO présente devant les académiciens, une nouvelle invention, le daguerréotype du nom de son inventeur Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851) inspiré par les travaux de Nicéphore Niépce.

Chambres noires pour daguerréotype appelé « Grand Photographe » (1840-1841)

Malgré les éloges d'Arago sur cette technologie disruptive (pour la science, l'histoire et l'art), ce nouvel instrument, propice à un art nouveau, était supposé selon lui, rendre service aux artistes. Cependant, durant au moins une décennie, c'est tout l'effet contraire qui se produisit. Les principaux concernés, artistes et élites cultivées voyaient en cet appareil photo ce que Baudelaire qualifiait de "la plus mortelle ennemie de l'art et du beau".

Louis-François ARAGO et le daguerréotype

Débat sur la photographie : Art ou non Art ?

Une certaine forme de résistance à sa légitimité dans le milieu de l'art s'instaura aussi par la voix d'Eugène Delacroix qui considérait l'appareil photo utile à l'apprentissage du dessin mais impuissant face aux imperfections que l’œil du peintre magnifie. « Dans la peinture, c’est l’esprit qui parle à l’esprit, et non la science qui parle à la science." Ainsi écrit-il dans son journal en 1853, "Jusqu'ici, cet art à la machine ne nous a rendu qu’un détestable service : il nous gâte les chefs-d’œuvre, sans nous satisfaire complètement. »

Et pourtant, presque 200 ans plus tard.... la photo est devenue, à tort ou à raison, un élément du quotidien de nombre d'entre nous, et parfois sublimante.

D'une technologie aliénante à une technologie libératrice

La résistance à la technologie servile fonctionnaliste (qui impose son usage, on parle d'"imposition techniciste des inventions") se faisait jour. Comme bien plus tard, l'école française des usages semble en étudier le mécanismes sur d'autres entrées technologiques dans la vie de chacun (Jauréguiberry, 2008), la résistance des artistes du 19ème siècle à l'usage du daguerréotype a provoqué des micros-résistances libératrices mues par « la réaction multiple, diverse, créatrice et toujours active que les citoyens, les utilisateurs, les publics apportent aux offres technologiques qui leur sont faites » (Laulan 1985, p.30 citée par Jauréguiberry, Op. Cit.).

Ainsi les premiers photographes commencèrent une lutte contre l'économie de la photographie envahissante, comme tout secteur en démarrage. Rappelons d'ailleurs que le premier appareil photo fut un KODAK, breveté par George Eastman (1854-1932) qui, nous le verrons plus loin, est né la même année que l'association professionnelle des photographes. Un hasard ou un mouvement de société !

Publicité pour l'appareil Kodak, 1889

Ces premiers photographes cherchèrent en parallèle à convaincre les artistes réfractaires à cette aliénation à une technologie imposée. Comment ont-ils fait ? En structurant leur activité. Ainsi, revues et association professionnelle devinrent les vecteurs de légitimation de ce nouvel art. Il aura fallu une dizaine d'années pour que naissent La revue spécialisée La Lumière(1851) et la Société Française de Photographie (1854) toujours active 200 ans plus tard. L'association professionnelle constitue ainsi un moyen structurant pour toute communauté émergente. Une belle leçon pour celle ou celui qui désire changer le monde et notre rapport à lui. C'est peut-être pour cela qu'à Kerkennah la vie associative est aussi dynamique !

Après cet article sur les débuts controversés de la photographie, attendez-vous dans le prochain article, à découvrir comment la photographie est devenue un art et bien plus encore.