Avec Hélas... la même colère que nos articles précédents, coups de gueule, Kerkennah ne meurs pas... nous vous adressons encore (une fois de trop), un cri d'alarme, un cri de détresse, un cri de désespoir pour dénoncer les actes impunis de quelques uns dont la nocivité s'abat sur tous les autres... Notre humanité plonge dans les profondeurs de l'obscurité... Prenez le temps ici de vous rappeler que l'enfer est un paradis perdu... surtout quand les impunis continuent sans crainte et sans scrupules...

Kerkennah : la marée noire sur les côtes

Imaginez une eau cristalline scintillante grâce au soleil. Imaginez une eau claire, allant et venant sur une terre de coquillages et de sable fin. Une eau si douce qui caresse les algues de posidonie riches de cet iode qui font des fruits de la mer nos plus délicieuses saveurs... Observez dans ces eaux peu profondes, avec une clarté éblouissante, les raies et les tortues, les poissons volants et le reflets des mouettes bavardes... Kerkennah est un écosystème merveilleux, dont la fragilité est à la hauteur de sa pure beauté ...

Herbier de posidonie dans l'eau cristalline, Gardien de la biodiversité - Kerkennah (Tunisie)

Les tragiques dégâts d'une marée noire à Sidi Fredj (Kerkennah Tunisie)

Alors que dire si, maintenant, vous imaginiez le pire... Oui, imaginez un joyau discrètement... lentement... enrobé de sombres amas noirs... insidieuses masses graisseuses brillantes entrelaçant les forêts marines de posidonie, flottant en surface d'une eau devenue sombre et grasse. Voyez-vous flotter en surface ces poissons morts qui jadis volaient à vive allure comme nous aimions entendre nos grands parents nous raconter leur course folle.

Imaginez la côte de Sidi Fredj (Sidi Fraj), se transformer en terre noire vitreuse, aux reflets gris, aux teintes verdâtres et rouges. Les floukas aux coques repeintes par les pécheurs cet hiver, sont devenues des épaves noirâtres, immobiles dans une mer de pétrole, une mer étouffée...

Kerkennah l'asphyxiée en silence... marée noire mars 2016

Écoutez ce silence de mort... Entendez vous pleurer les pécheurs ? Qui mangera ce soir le poisson des "drinas" (nasses) devenues cimetières de poissons et de crustacés, pris au piège dans ce qu'il convient d'appeler des barils de pétrole... entendez vous ces femmes crier au massacre de la terre et de la mer ? Entendez vous monter la colère de ces habitants amoureux de leur archipel qui se meurt de la fuite de pétrole dont on dit qu'elle n'a rien de catastrophique ? Écoutez bien... Kerkennah respire encore.... lentement, le souffle affaibli d'un poison insidieux qui enrichit quelques uns et tuent tant d'autres, à petit feu, les yeux fermés...

L'enfer s'annonce... en cette méditerranée devenue un cimetière de notre humanité...